Le prince Albert II a participé à la grande journée de (…)
Le HMS Audacious devait sortir de cale sèche à Devonport le 25 juin. Cette opération devrait être une activité de routine sans particularité, mais sa portée illustre à quel point les infrastructures portuaires ont affecté la disponibilité opérationnelle de la force sous-marine. Au moment de la rédaction de cet article, aucun sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) de la classe Astute de la Royal Navy n’est à la mer ; nous faisons ici le point sur la situation de la flotte.
Le HMS Audacious est arrivé à Devonport en avril 2023 en attente d’une mise en cale sèche. Des informations non confirmées suggèrent qu’il a subi des dommages lors de sa patrouille en Méditerranée fin 2022. Après avoir attendu 22 mois l’achèvement de la rénovation des installations, il a rejoint la cale sèche n° 15 en février 2025. Sa sortie de cale sèche constitue une étape positive, mais on ignore combien de temps il faudra avant qu’il ne soit prêt à reprendre la mer.
Le HMS Anson est le seul sous-marin à avoir navigué récemment ; il est arrivé à Devonport le 27 mai. Il a écourté son déploiement AUKUS en Australie pour rentrer précipitamment alors que le conflit entre les États-Unis et l’Iran s’intensifiait, et aurait stationné en mer d’Arabie avant son retour. Les opérations de maintenance courante sont généralement effectuées à la base opérationnelle de Faslane, tandis que les sous-marins ne rejoignent Devonport que pour des mises en cale sèche majeures. La durée de sa maintenance et son éventuelle inscription sur la liste d’attente pour la cale sèche restent inconnues.
Le HMS Astute, le plus ancien sous-marin de la classe, est arrivé à Devonport le 30 juin 2025 pour une période de revalidation à mi-vie (MLRP), une opération qui devrait s’étaler sur plusieurs années. Bien que certains travaux préliminaires aient été réalisés à flot, le bâtiment attendait la disponibilité de la cale sèche n° 15.
Le HMS Ambush est celui qui est resté indisponible le plus longtemps. Sa dernière sortie en mer remonte à août 2022 — il y a près de quatre ans — et il demeure à Faslane dans un état de disponibilité très réduit, ayant été partiellement dépouillé de ses équipements pour fournir des pièces de rechange aux autres sous-marins.
La dernière sortie en mer du HMS Artful remonte à mai 2023, soit il y a un peu plus de trois ans. On pensait qu’il s’agissait du sous-marin le plus proche d’un retour en service, mais cela n’a pas été confirmé et le bâtiment demeure à Faslane.
Le HMS Agamemnon, sixième unité de la série, a été officiellement admis au service actif au sein du chantier naval en septembre 2025. Une réponse parlementaire apportée cette semaine a confirmé que sa livraison à la Royal Navy est prévue pour la fin de 2026 ; il devrait alors quitter Barrow pour entamer ses essais en mer.
Le septième et dernier sous-marin de la classe, le HMS Achilles, est officiellement décrit comme étant à un « stade de construction avancé », mais sa date de mise en service n’a cessé d’être repoussée. Le ministère de la Défense refuse même d’avancer une estimation, affirmant désormais que « toute divulgation porterait atteinte — ou risquerait de porter atteinte — aux capacités, à l’efficacité ou à la sécurité des forces armées ». Aucune information officielle n’est disponible, mais on suppose que le bâtiment a été endommagé lors de l’incendie survenu à Barrow en octobre 2024 — un sinistre qui a duré 15 heures —, sans que l’on connaisse toutefois l’ampleur des dégâts. Il est également possible que les travaux sur le HMS Achilles aient été ralentis au profit du programme *Dreadnought*, qui a été érigé en priorité. Comme toujours, le ministère de la Défense peut commodément dissimuler des faits gênants derrière le voile du secret entourant les questions relatives aux sous-marins.
En attendant l’achèvement, prévu pour 2027, de la rénovation majeure de la cale n° 10 à Devonport, le Royaume-Uni ne dispose que de trois installations agréées pour le nucléaire permettant de sortir les sous-marins de l’eau : l’élévateur à bateaux vieillissant de Faslane et deux cales sèches à Devonport. La cale n° 9 est actuellement occupée par le HMS Victorious, qui fait l’objet d’une période de maintenance approfondie (DMP) pluriannuelle, tandis que la cale n° 15 vient d’être libérée par l’Audacious. La cale n° 14 est en cours de préparation pour le déchargement du combustible et le futur démantèlement de sous-marins retirés du service, un projet qui s’étalera sur plusieurs décennies.
Trois initiatives sont en cours pour remédier à ces problèmes, mais les résultats se font encore attendre. Le projet SWIF (Submarine Waterfront Infrastructure Future) est bien engagé pour reconstruire la cale n° 10 de Devonport afin d’accueillir les sous-marins des classes Dreadnought et Astute, ainsi que les futurs bâtiments SSN-AUKUS. Un programme distinct (EUSTON) prévoit l’acquisition de cales flottantes pour Faslane, et le plan de rétablissement de la maintenance des sous-marins (SMRP), lancé en janvier, vise à améliorer les cadences opérationnelles de l’ensemble du secteur.
Sur le plan opérationnel et stratégique, la posture de la force de sous-marins nucléaires d’attaque (SNA), qui s’est considérablement dégradée au cours des cinq dernières années environ, est désastreuse. Les moyens de défense conventionnels les plus puissants du Royaume-Uni, dont le coût se chiffre en milliards de livres sterling, restent inactifs et incapables d’assurer une fonction de dissuasion à une époque où l’activité sous-marine russe s’intensifie. La flotte de SNA est censée faire partie intégrante de la dissuasion nucléaire stratégique en protégeant les sous-marins lanceurs d’engins (SNLE) de la classe Trident, notamment au début ou à la fin de leurs patrouilles. L’engagement envers l’AUKUS s’en trouve compromis et, plus largement, la fiabilité du Royaume-Uni est remise en question par ses alliés et partenaires. Le groupe aéronaval doit être déployé sans un atout de protection majeur ni un élément clé de sa capacité de projection de puissance. La seule plateforme britannique capable de tirer des missiles de croisière Tomahawk est indisponible.
Si la question des infrastructures portuaires finira par être réglée, les problèmes de personnel à venir suscitent des inquiétudes, car les sous-mariniers ne peuvent ni s’entraîner en mer ni acquérir une expérience opérationnelle réelle. Alors que les équipages de SNLE sont envoyés en patrouilles d’une durée excessive, ceux des SNA sont réduits à s’entraîner sur simulateur à Faslane ou à assurer des quarts monotones à quai. Le manque de temps passé en mer nuit au moral ; or, une force autrefois considérée comme la meilleure au monde ne peut maintenir l’excellence des opérations sous-marines sans pratique. La Royal Navy peinera à trouver suffisamment de commandants de sous-marins à l’avenir, faute d’un nombre suffisant d’officiers accumulant de l’expérience en patrouille. Les formations « Perisher » reposent en grande partie sur des sous-marins étrangers, qui comblent également bon nombre des autres lacunes engendrées par l’absence de la Royal Navy.
Navy Lookout (Grande-Bretagne)
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