Un sous-marin à propulsion nucléaire de l’Armée (…)
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L’Inde s’apprête à installer des « yeux » et des « oreilles » sur les fonds marins de l’océan Indien. L’Organisation de recherche et développement pour la défense (DRDO) a lancé la recherche d’un partenaire industriel pour développer et déployer un système de détection sous-marine par fibre optique (UFOSS) ; il s’agit d’un réseau fixe de capteurs sous-marins destiné à surveiller en permanence les sous-marins rôdant dans les eaux indiennes.
Le Naval Physical and Oceanographic Laboratory (NPOL), basé à Kochi et principal laboratoire de la DRDO dédié à la guerre sous-marine, a lancé un appel à manifestation d’intérêt (AMI) afin d’identifier un « intégrateur système principal » pour le développement clé en main, la fourniture, le transport, le déploiement et la mise en service du système. Le réseau sera constitué de nœuds de capteurs sous-marins reliés par des câbles à fibre optique sous-marins à une station côtière, où les données seront reçues, surveillées et analysées.
Un AMI ne constitue que la première étape du processus d’acquisition ; il est lancé sans frais ni engagement afin d’évaluer les capacités industrielles. Toutefois, cette initiative marque la première démarche publique du gouvernement vers ce qui pourrait, à terme, devenir un réseau stratégique de surveillance sous-marine. En fonction des réponses reçues, le NPOL lancera un appel d’offres (RFP), le contrat étant attribué au soumissionnaire qualifié proposant l’offre la plus avantageuse sur le plan financier.
Cette initiative intervient alors que l’espace de combat sous-marin dans la région de l’océan Indien (IOR) est de plus en plus disputé. Des sous-marins chinois, tant nucléaires que conventionnels, patrouillent périodiquement dans l’IOR, tandis que des navires chinois d’étude et de « recherche » cartographient systématiquement les eaux de la région, recueillant ainsi des données précieuses pour de futures opérations sous-marines. De son côté, le Pakistan a également commencé à intégrer huit sous-marins diesel-électriques de classe Hangor d’origine chinoise dotés d’un système de propulsion indépendante de l’air (AIP), dont le premier a déjà été mis à l’eau.
En revanche, le programme indien de modernisation de sa flotte sous-marine est encore loin de combler cet écart. La marine ne dispose actuellement d’aucun sous-marin d’attaque à propulsion nucléaire (SNA), la location du *Chakra III* russe (classe Akula) ayant pris plus de trois ans de retard. Le programme national de construction de deux SNA, approuvé par le Comité du Cabinet sur la sécurité (CCS) en octobre 2024 pour un coût initial d’environ 400 milliards de roupies, devrait nécessiter bien plus d’une décennie avant que le premier bâtiment n’entre en service. Le programme Project-75I, portant sur six sous-marins conventionnels de pointe, attend également l’approbation finale du CCS ; même après la signature du contrat, il est peu probable que le premier sous-marin soit livré avant sept ans environ.
Les sous-marins constituent par nature les plateformes de lutte anti-sous-marine (ASM) les plus redoutables : ce sont des chasseurs silencieux, idéalement équipés pour traquer les bâtiments ennemis. Toutefois, face à une flotte conventionnelle — tant de sous-marins que d’hélicoptères ASM — vieillissante et aux effectifs réduits, la marine doit s’appuyer sur un dispositif multicouche combinant avions de patrouille maritime P-8I, hélicoptères polyvalents MH-60R, navires de combat et systèmes de surveillance. Des capteurs de fond marin fixes, tels que l’UFOSS, viendront combler une lacune critique de ce dispositif.
Contrairement aux navires et aux aéronefs qui ne patrouillent qu’épisodiquement dans une zone donnée, les réseaux de capteurs sous-marins assurent une surveillance permanente, guettant silencieusement toute activité sous-marine et guidant les moyens ASM vers les contacts potentiels.
Ce concept s’appuie sur des précédents bien établis. Durant la Guerre froide, les États-Unis ont déployé le Système de surveillance acoustique (SOSUS), un réseau d’hydrophones installés sur le fond marin et reliés par des câbles sous-marins pour détecter et suivre les sous-marins soviétiques. Par la suite, les États-Unis et le Japon ont étendu une architecture de surveillance sous-marine similaire à travers le Pacifique occidental afin de surveiller les mouvements des sous-marins chinois, tandis que la Chine a construit sa propre « Grande Muraille sous-marine » de capteurs acoustiques de fond marin en mer de Chine méridionale.
Selon l’appel à manifestation d’intérêt (AMI), le système UFOSS comprendra des infrastructures sous-marines « humides » incluant des nœuds de capteurs, des câbles à fibres optiques sous-marins, des boîtes de jonction et des unités de branchement, reliés par un regard de plage à une station côtière. L’intégrateur sélectionné sera responsable de l’ensemble du projet, de l’intégration et du déploiement à la mise en service, en passant par une année d’exploitation et le support tout au long du cycle de vie du système, dont la durée de vie prévue est de 20 ans. La durée d’exécution est estimée à 48 mois.
Les propositions pour ce projet doivent être soumises avant le 1er septembre. Les consortiums, composés d’un maximum de cinq entreprises en plus du soumissionnaire principal, sont autorisés à mutualiser leurs compétences spécialisées. Les soumissionnaires devront également justifier d’une expertise reconnue dans la fabrication et le déploiement de câbles sous-marins, les systèmes sous-marins, les levés hydrographiques, l’intégration de systèmes et les stations de surveillance côtières, et disposer de moyens tels que des navires câbliers dédiés, des véhicules télécommandés (ROV) et des charrues d’enfouissement de câbles.
New Indian Express (Inde)
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