Les navires de guerre français et britanniques assurant la couverture antimissile durant la présidence de l’UE en Irlande doivent se maintenir à 22 km des côtes

  • Dernière mise à jour le 30 août 2026.

En vertu d’un avis juridique reçu par le gouvernement irlandais, les navires de guerre français et britanniques chargés d’assurer la défense aérienne de l’Irlande durant la présidence de l’UE doivent se maintenir à une distance de 22 km au large. Bien que l’Irlande ait officiellement sollicité l’aide des marines française et britannique pour assurer la sécurité durant cette présidence de six mois, les bâtiments étrangers ne peuvent pas pénétrer dans les eaux territoriales irlandaises dans le cadre de ces opérations.

Ce dispositif inhabituel, rapporté par trois sources militaires et gouvernementales, fait suite à un avis du procureur général indiquant qu’il serait probablement inconstitutionnel pour des forces militaires étrangères de se déployer sur le territoire irlandais dans le cadre d’opérations actives, même si ces opérations avaient été officiellement sollicitées.

Il a notamment été précisé que de telles opérations enfreindraient l’article 15 de la Constitution, lequel stipule que seul l’Oireachtas (le Parlement irlandais) a le droit de constituer une force militaire sur le territoire irlandais.

Un autre casse-tête juridique a surgi lorsque les autorités se sont demandé si le navire d’une puissance étrangère, positionné juste à l’extérieur des eaux territoriales irlandaises, pouvait mener une action létale contre des menaces aériennes survolant le territoire irlandais — par exemple un drone ou un avion de ligne détourné.

Selon les règles d’engagement des Forces de défense (connues en interne sous le nom de « COD 6 »), seuls des officiers irlandais sont habilités à autoriser le recours à la force dans de telles circonstances.

Une autre solution a alors été mise au point : un officier de marine irlandais serait posté à la passerelle des navires français pour assurer la liaison et donner, si nécessaire, l’autorisation finale d’employer la force létale au moyen de missiles antiaériens à longue portée.

Ce dispositif a déjà été mis en œuvre. Le 1er juillet, date à laquelle l’Irlande a pris la présidence, la frégate française Aquitaine était stationnée dans la baie de Dublin, juste au-delà de la limite des 22 kilomètres, assurant la défense aérienne lors de la visite de dizaines de chefs de gouvernement européens.

Un officier de marine irlandais se trouvait à la passerelle pour suivre le déploiement des aéronefs et navires militaires irlandais également mobilisés pour sécuriser la zone.

Le lendemain, le navire a été déployé au large de la côte sud à l’occasion d’une réunion des commissaires européens à Cork.

Des navires européens continueront d’assurer la défense aérienne lors d’événements majeurs jusqu’à la fin de la présidence irlandaise de l’UE, notamment la semaine prochaine lors d’une réunion des ministres de la Défense et des Affaires étrangères de l’UE dans le comté de Wicklow, où une frégate de défense aérienne de la Royal Navy sera déployée en mer d’Irlande.

La présence de l’Aquitaine au large des côtes irlandaises était un secret de polichinelle. À l’époque, le navire était clairement visible pour les passagers civils des vols à destination de Dublin.

Le 9 juillet, l’ambassadrice de France en Irlande a publié sur les réseaux sociaux des photos la montrant, aux côtés du chef d’état-major des forces de défense irlandaises, le lieutenant-général Rossa Mulcahy, lors d’une visite du navire alors qu’il était à quai à Dublin pour une escale de courtoisie.

Plus tôt ce mois-ci, le Service naval irlandais a rendu publique une opération d’entraînement conjointe impliquant l’Aquitaine et le LÉ Samuel Beckett.

Toutefois, le gouvernement a refusé de confirmer la présence du navire français dans un rôle de sécurité. Un porte-parole du ministère de la Défense a renvoyé les questions à la Garda. Une porte-parole de la Garda a déclaré ne pas avoir connaissance de l’opération Fianna, l’opération de sécurité militaire mise en place pour la présidence.

Ces dispositions ont entraîné plusieurs défis logistiques et de communication pour le personnel militaire irlandais. L’Irlande n’utilisant pas de systèmes de communication radio aux normes de l’OTAN, les forces françaises doivent employer des radios irlandaises empruntées au Service naval.

La coordination de la localisation des moyens militaires irlandais lors des opérations s’est également avérée difficile. Les forces irlandaises utilisent un système appelé Sitaware pour coordonner leurs moyens aériens et maritimes, tandis que les Français emploient des technologies OTAN plus avancées, telles que Link 16 et Link 22.

Néanmoins, le premier test de ce dispositif, le mois dernier, s’est déroulé sans complication majeure. « Il y a eu beaucoup d’entraînement et tout s’est très bien passé », a indiqué une source militaire.

La seule exception, selon ces sources, a été un incident survenu le 1er juillet, lorsque trois avions PC-9 du Corps aérien irlandais ont quitté leur zone d’opérations pour survoler la mer d’Irlande afin d’obtenir un signal de communication plus clair.

Leur présence à proximité du navire français a brièvement suscité de l’inquiétude sur la passerelle, avant que les appareils irlandais ne reçoivent l’ordre de reprendre leur patrouille habituelle.

Référence :

The Irish Times (Irlande)